Station d'émission-réception expérimentale           F6CRP   IN96KE        46°11'02" N  - 1°09'57" W


LAS Provence

Grâce à HB9AOF et HB9MFD, vous pouvez désormais récupérer la doc + schéma du Provence. Merci à eux.

documentation
schéma


Version 0
2 - 19/12/2007

 

 

 
Présentation :

Le Provence est un appareil symbolique pour tous ceux qui ont commencé à trafiquer dans les années soixante-dix sur 144 MHz. Pour nous resituer dans le contexte de l’époque, les stations étaient majoritairement de construction amateur, souvent à tubes, les PA faisaient appel aux vaillantes séries QQE03/12 – 03/20- et pour les amateurs de puissance aux QQE06/40. Le coaxial était souvent de type TV, muni d’ailleurs de la fiche de même provenance, les préamplificateurs quand il y en avait, placés au ras du récepteur, et pourtant il semble qu’un certain nombre de qso aient été effectués, allez-y comprendre quelque chose. Autre rappel qu’auront du mal à comprendre les plus jeunes, à cette glorieuse époque, on ne trafiquait pas émission/réception sur la même fréquence car si le récepteur avait la possibilité d’explorer la bande 2 m de 144 à 146 MHz (et pas toujours), l’émetteur était souvent piloté quartz. Un appel général était donc conclu par la célèbre sentence : « termine son appel et repasse à l’écoute de la bande … ». 

Tout ceci explique la conception du Provence qui est un émetteur-récepteur 144 MHz, tous modes (AM, NBFM, SSB, CW), son architecture n’était pas due à un caprice du concepteur mais à une réponse obligée face aux contraintes d’exploitation du moment.

Description :

Le Provence a été conçu et industrialisé par Lazslo Sakvary, F5LS fondateur et propriétaire de la société LAS pour Laboratoire d’Application des Semi-conducteurs, il est le résultat d’une évolution des matériels Béarn et Artois. F5LS a eu l’immense mérite de mettre sur le marché un appareil français, bien construit, robuste et offrant pour l ‘époque des performances très honnêtes. C’est cet appareil qui a permis de faire évoluer le trafic de l’AM vers la SSB et qui a modifié les habitudes en introduisant en VHF le trafic émission/réception sur la même fréquence. 

Comme énoncé plus haut, cette transition s’est opérée lentement, F5LS a tenu compte, à cette époque, de la réalité du terrain, ces considérations ont certainement guidé sa réflexion dans la conception de cet ensemble.


Vous pourrez observer le synoptique que j’ai pu reconstituer à partir du schéma et de quelques notes portées à l’époque sur ce dernier, je ne garantis pas que les fréquences indiquées soient correctes au kHz près. De même la couverture des VFO est supérieure à celle indiquée sur le diagramme de manière à donner une marge d’une cinquantaine de kHz de part et d’autre de la bande 2m. 

Partant de l’antenne pour la partie réception, après commutation on trouve un convertisseur 144/28 MHz (MPF121/122) . Le VFO réception est mélangé (MPF120) au 28 MHz entrant pour fournir une FI sur 3 MHz environ. Un deuxième mélange (BF194B) intervient pour produire la FI de 455 kHz. Dans la chaîne d’amplification FI (BF194 et 2 x BF195), la sélectivité est confiée à un filtre céramique dans le premier étage qui est court-circuité en AM et FM. Le choix de ce composant a certainement été dicté par des raisons économiques, les filtres mécaniques Collins aux performances largement supérieures étaient (et sont d’ailleurs) hors de prix. 


Assez curieusement puisque la place ne manquait pas et que le Provence avait aussi été conçu comme appareil portable, il n’était pas pourvu d’un HP intérieur. Comme vous pourrez le constater cet ajout a été effectué sur l’exemplaire photographié.

Pour ce qui concerne la partie émission, partant du microphone, la génération de la SSB est très classique avec utilisation d’un filtre à quartz KVG XF9A sur 9 MHz. L’oscillateur local est un peu plus tourmenté puisque la chaîne démarre avec un quartz de 44.88 MHz (BF173), cette fréquence est ensuite triplée (BF173) pour obtenir un signal fixe de 134,64 MHz. Le VFO (MPF122) oscille quant à lui entre 18,3 et 20,3 MHz (pour couvrir les 2 MHz de la bande 2m), il est mélangé (2 x BF173) avec le 134,64 MHz ce qui en sortie fournit un signal variable de 152,94 à 154,94 MHz.
Il ne reste plus qu’à soustraire (2 x 2N5179) le 9 MHz fixe pour atteindre le but recherché à savoir produire un signal SBB variable de 144 à 146 MHz. Ce signal est ensuite amplifié dans une chaîne de transistors (2N5179 - 2N3866 - 2N5641) et envoyé vers la sortie à travers la commutation émission-réception réalisée par un relais ILS.

Autre curiosité sur cet appareil, le PA est alimenté en 24 V en fonctionnement normal 10 W. Rappelons que l’appareil est alimenté en 12V continu, cette tension de 24 V est obtenue par un mutateur. Un interrupteur sur le panneau arrière permet de le mettre en ou hors service ce qui, de facto, effectue une commutation entre « grande »   et « petite » puissance. Tous ceux qui ont utilisé la position « petite puissance » pour exciter un amplificateur linéaire basé en général sur une QQE 06/40 à l’époque, ont eu la désagréable surprise d’avoir de très mauvais reports de modulation. L’ampli n’était pas en cause, il s’agissait du Provence qui dans cette position, avec le PA alimenté en 12V, souffrait d’un manque de linéarité sévère. La seule solution consistait alors à mettre en service le mutateur et insérer un atténuateur en sortie de manière à ramener l’excitation à un niveau raisonnable pour l’entrée de l’amplificateur. Cette opération ne nécessitait pas de commutation car F5LS avait fort intelligemment prévu une sortie réception séparée supplémentaire qui était utilisée par l’amplificateur « Corse » qu’il commercialisait.

Sur le panneau arrière se trouvait une fiche BNC pour la sortie commune émission/réception, une entrée auxiliaire réception là aussi sous forme d’une BNC, un interrupteur permettant la mise en marche du mutateur, une fiche sortie HP et la connectique d’alimentation à douze broches sur laquelle étaient également disponibles les tensions présentes en émission et réception.

En exploitation :

Le Provence offre une ergonomie fort logique, sur la partie gauche se trouvent les commandes du récepteur et sur la partie droite, tout ce qui concerne l’émetteur.

Le récepteur et muni d’une commande de gain HF manuelle mise en service par un interrupteur positionné au centre de l’appareil laissant ainsi à l’opérateur la possibilité de faire confiance au CAG ou au contraire de régler lui-même son gain FI. Sous cette commande se trouve le commutateur de mode, comme il s’agit d’un émetteur récepteur, il est tout à fait possible de transmettre en AM et d’écouter en SSB, chose assez fréquente dans les années soixante-dix. Plus bas est positionnée la commande de gain BF. Le récepteur est pourvu d’un dispositif de suppression de parasites mais uniquement en AM, la commande est repérée par l’acronyme ANL, son utilité en mobile est incontestable (le Diesel n’était pas très prisé à l’époque).

Le récepteur est également pourvu d’un « Vernier » qui est en fait un réglage fin de la fréquence d’accord du récepteur, ce qui peut paraître étonnant sur un émetteur-récepteur. Cela étant, cet accessoire n’était pas un luxe inutile, le VFO n’étant pas d’une stabilité, même à court terme, exemplaire.

Côté émission, les commandes sont peu nombreuses, on y trouve uniquement le commutateur de modes et le réglage du gain micro. 

Pour ce qui concerne l’affichage de la fréquence, ce dernier est mécanique, la démultiplication est un peu rapide de nos jours ce qui demande une certaine dextérité pour syntoniser rapidement une station SSB, il y a trente cinq ans, il fallait  «balayer» la bande le plus vite possible pour identifier une éventuelle réponse à un appel ce qui imposait au constructeur un habile compromis dans le choix de la démultiplication.
A ce propos les premières versions étaient équipées d’un démultiplicateur deux vitesses, il semble que cette option ait été abandonnée rapidement.

L’opérateur pouvait surveiller grâce à deux appareils de mesure le courant collecteur et soit la puissance de sortie (pas très utile) soit le ROS, mesure beaucoup plus intéressante et sécurisante. En réception l’indicateur de courant collecteur se transformait en S-mètre.

Pour caler l’émetteur sur la fréquence du récepteur, il suffisait de basculer l’interrupteur noté «CAL» ce qui mettait sous tension une partie de la chaîne « émission » et d’amener au battement nul. On avait alors la certitude d’être (pour quelques secondes) exactement sur la fréquence de son correspondant.

Cet appareil compact souffrait de quelques petits défauts, plus particulièrement concernant la stabilité de ses VFO. Quand des émetteurs plus stables comme les IC202, TS700 et autres FT221 sont apparus, cet état de fait a été mis en évidence de manière aiguë. Autre ennui apparaissant avec le temps et probablement lié à la mécanique du démultiplicateur à friction, les très désagréables micro-sauts de fréquences durant la rotation du bouton de VFO. Lors de la syntonisation sur une station cela se traduisait par une sorte de note « piaulée » fort déplaisante. Plusieurs solutions ont été proposées tant électriques que mécaniques sans jamais apporter (du moins chez moi) de solution définitive à ce problème.
Sur un plan radioélectrique pur, le Provence regorgeait de gain et de pré amplification avec des MOSFET, en environnement chargé, sa résistance aux signaux forts n’était pas exceptionnelle. Ce n’était pas encore à l’époque, pour la grande majorité des aficionados du 2 m, un problème.

Pour manipuler en CW, il fallait enlever le microphone et y insérer à la place une autre fiche câblée selon les recommandations de la notice.

Ces quelques évocations des petits soucis que les utilisateurs ont pu éprouver ne doivent pas cacher les immenses qualités de cet appareil, il était de conception et construction française, il a permis l’introduction massive de la SSB, il consommait peu, était tous modes et compact. il a fait évoluer les habitudes de trafic, il est arrivé exactement au moment opportun pour assumer cette transition qui avait démarrée de l’autre côté du Rhin avec soit les modules types DC6HL soit le fameux et intouchable Braun SE600 . A titre indicatif vous pourrez observer à quoi ressemblait ce produit haut de gamme germanique, ne pas oublier qu’un Provence déjà onéreux, était quand même deux fois moins cher que cette référence.



Le Provence se voulait universel, utilisable tant en fixe qu’en portable ou mobile, il a excellé dans ces tâches, ses faibles dimensions, sa consommation réduite, la robustesse de son boîtier en aluminium de 3 mm d ‘épaisseur ont en fait le compagnon de bon nombre d’expéditions VHF. Qui se souvient encore des expéditions VHF mythiques au sommet du Mont Blanc pour lesquelles Lazslo avait fabriqué des matériels adaptés à la température et à l’énergie disponible à partir des modules du Provence ?
Autre avantage du Provence, il était aisé à maintenir; non pas qu’il souffrit d’un manque de fiabilité, bien au contraire mais la technologie discrète utilisée permettait à tout radioamateur un tant soit peu technicien de se dépanner.


F5LS avait compris qu’il fallait fournir des accessoires et segmenter sa gamme pour les petits budgets. On pouvait acheter un Provence sous forme d’un émetteur indépendant, le Béarn et d’un récepteur, l’Artois selon ce dont on disposait déjà. Tant le Béarn que le Provence pouvaient être suivis de l’amplificateur à QQE06/40 Corse, Etait par ailleurs commercialisée toute une gamme de récepteurs Vendée depuis les premières générations dites « 4 » jusqu’aux ultimes évolutions « 7SDU », récepteur couvrant les bandes amateur décamétriques ainsi que le 144 et 432 MHz.

En conclusion :

Comme évoqué précédemment, après la période charnière qui a vu l’arrivée de la SSB et son installation définitive sur 2 m et au-dessus, le Provence qui en avait été un des instruments a commencé à souffrir gravement des défauts inhérents à sa conception, plus particulièrement le fonctionnement en émetteur-récepteur séparé et sa stabilité insuffisante face aux premiers transceivers synthétisés ou munis de VXO comme l’IC202. LAS a répondu à cela en produisant un appareil qui n’a connu (hélas) qu’un succès marginal malgré ses performances très prometteuses, l’Anjou 2D, il est probable que son prix élevé ait constitué un frein notable à sa commercialisation. 
J’ai eu l’occasion de rencontrer Lazslo F5LS à CJ au début des années 90, c’était vraiment un homme charmant et doté d’un véritable esprit OM. Après l’avoir reconnu, je lui ai parlé de mon Provence qui m’avait donné tant de joies tout en lui indiquant que j’avais un filtre céramique 455 kHz utilisé pour l’oscillation du BFO passé de vie à trépas. Il n’a rien dit et deux semaines plus tard, il m’a fait parvenir un courrier dans lequel se trouvaient deux filtres et un petit mot très gentil me précisant qu’il avait encore du stock pour certains composants ayant équipé sa production. 
Le Provence a marqué une génération de radioamateurs passionnés de VHF, il a constitué lors de sa production un bond technologique en généralisant la SSB sur 2m, sa conception tout transistor était novatrice et c’est à ma connaissance l’une des rares tentatives françaises réussie d’industrialisation d’un produit destiné au marché amateur. Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons que saluer la mémoire de F5LS et lui rendre hommage à travers ces quelques lignes.

 


 
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