Station d'émission-réception expérimentale           F6CRP   IN96KE        46°11'02" N  - 1°09'57" W


L'ICOM   IC202


Version 01 - 20/10/2007

 

 

Présentation :

Dans les années soixante-dix, un constructeur japonais, pas encore célèbre et reconnu, allait marquer son entrée dans le marché européen de manière assez singulière et durable en commercialisant un petit appareil vraiment novateur. Depuis quelque temps circulaient des réclames vantant les mérites de transceivers décamétriques entièrement transistorisés cependant la singularité, la rareté de ces produits et surtout la prédominance des appareils américains éclipsaient ce nouvel intervenant. Deux constructeurs japonais, Yaesu (Sommerkamp en Europe) et Trio, futur Kenwood étaient en outre implantés en Europe depuis le début de la décennie et proposaient des produits hybrides tubes transistors inspirant certainement plus de confiance aux radioamateurs de cette époque que des produits totalement transistorisés réputés fragiles.

Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer lors de la rétrospective consacrée au Provence (LAS), les émetteurs-récepteurs VHF dotés de la SSB n’étaient pas légion. Le marché proposait alors des produits très élaborés et chers (Braun SE600, FT221, TS700), des appareils de milieu de gamme tel le Provence et des engins beaucoup moins aboutis et aux possibilités limitées. C’est dans ce contexte qu’est apparu l’Inoue Communication IC202. Avant d’étudier ce remarquable appareil, intéressons-nous au créateur d’ICOM.

M. Tokuzo Inoue est né à Kyoto en 1931 et après la seconde guerre mondiale, quand l’émission d’amateur fut de nouveau autorisée au Japon, M. Inoue reçu en 1952 l’indicatif JA3FA et commença sa carrière d’industriel dans le secteur des équipements médicaux. Il fonda en 1964 INOUE EIectric Manufacturing Co. Ltd. Le premier transceiver construit et commercialisé par la jeune firme fut le FDAM-1, un transceiver tout transistor AM de 1 W sur 50 MHz. 200 exemplaires furent commercialisés immédiatement, suivis par 3000 unités d’une version améliorée. En 1978 le nom de la compagnie fut transformé en ICOM, on sait ce qu’il advint par la suite de cette entreprise.

 
Description :

L’IC202 est un transceiver 144 MHz SSB/CW à simple changement de fréquence, piloté par un VXO et couvrant seulement une partie de la bande 2m. Chaque quartz permet une excursion de 200 kHz, quatre positions de quartz sont disponibles. Le constructeur a néanmoins prévu la possibilité d’utiliser un OL extérieur, cela étant, cette configuration n’a pas dû être fréquemment adoptée. Il est livré avec deux quartz permettant de couvrir de 144 MHZ à 144,4 MHz. L’alimentation fait appel à une tension continue de 13,8 V, celle-ci peut être substituée par 9 piles de 1,5 V contenues dans le transceiver.
L’appareil est très démarqué sur le plan esthétique puisque qu’il est plus haut que large, ses dimensions, surtout si l’on se réfère à l’époque, sont extrêmement réduites. Il est doté d’une antenne télescopique affichant ainsi clairement sa vocation portable. Cette antenne sera sur les versions ultérieures dévissable. L’appareil est livré avec un certain nombre d’accessoires, microphone, fiches, housse, bretelle, cordons, et tubes plastiques dans lesquels on vient enfiler les piles de 1,5V. Les panneaux latéraux en aluminium sont clipsés et permettent ainsi l’accès soit à l’électronique soit au compartiment « piles ». On a ainsi pu mesurer dans ces années-là la maîtrise des ingénieurs japonais dans le domaine de l’exploitation de l’espace disponible ! Ce compartiment sera d’ailleurs fréquemment corrodé, les piles ayant la fâcheuse habitude de relâcher quelques substances par forcément appréciées quand on les oublie… Les clips en plastique, quant à eux, ne résisteront pas très longtemps aux cycles d’ouverture-fermeture même effectués par des propriétaires délicats et soigneux. Ultime raffinement, le support de la bretelle de portage a été conçu comme support de micro.

En réception le signal amené par l’antenne traverse un filtre passe-bas, et est amplifié par un transistor MOS FET avant de rejoindre le transistor mélangeur, en l’occurrence un FET. Les commutations sont réalisées par des diodes, aucun relais dans un IC202 ne se fait entendre, ces commutations concernent d’ailleurs aussi bien les voies « signal » que « tension ». 

L’oscillateur local est très particulier car faisant appel à un VXO, à ma connaissance, peu d’appareils industrialisés hormis les produits Mizuho ont été bâtis sur cette technique. Ce VXO fait appel à des quartz dans la gamme des 14 MHz, ce signal est triplé une première fois, puis une seconde pour aboutir à une fréquence finale neuf fois plus élevée que celle du quartz. Les changements de fréquence sont obtenus en faisant varier une capacité.
L’excursion autour de la fréquence centrale est de 100 kHz ce qui autorise une couverture de 200 kHz par quartz. A titre d’exemple, pour couvrir la portion 144,200 à 144,400 MHz, le quartz type HC-18/U est marqué 14871,06 kHz. L’IC202 offre quatre positions pour les quartz, ce qui permet de couvrir 800 kHz.

Sans entrer dans un débat sans fin ni une polémique stérile, on a souvent vanté les qualités des VXO en termes de bruit de phase, or d’après les campagnes de mesures relatées par différents amateurs, il convient d’être circonspect vis à vis de ces affirmations. A titre comparatif, voici les relevés effectués par LA0BY sur les OL d’un IC202 et d’un FT225RD. (la trace du dessous représente le plancher de bruit de l’analyseur de spectre, vous trouverez tous les détails à cette adresse : http://www.mydarc.de/la0by/
). On note que la décroissance de bruit au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la porteuse est affectée d’une pente très faible contrairement à d’autres types d’oscillateurs.
 

Pour revenir au récepteur de l’IC202, en sortie du mélangeur (144 – 133,3), on retrouve le signal sur 10, 7 MHz, ce dernier traverse le filtre à quartz et est amplifié par trois étages FI constitués par deux transistors et un circuit intégré. Ce filtre d’ailleurs est soit de qualité moyenne soit mal adapté, les mesures réalisées sur mes exemplaires laissent apparaître une très forte ondulation dans la bande passante.



Le BFO qui sera utilisé comme oscillateur de porteuse en émission, et injecté dans un ensemble de quatre diodes 1N60, également alimenté par le signal FI, la résultante BF est ensuite filtrée, amplifiée et envoyée au haut-parleur interne. La puissance disponible est de 1 W ce qui sera amplement suffisant pour ce petit HP qui deviendra vite nasillard si trop excité.

Le CAG est dérivé de la FI, une partie du signal est prélevée sur le dernier étage, redressée et filtrée et commande un transistor (Q11) qui fera varier le gain de l’étage d’entrée et des étages FI. 

En émission le signal BF issu du microphone est amplifié par un circuit intégré. Ce signal ainsi que le signal du BFO (10,6985 MHz) sont mélangés dans un SN76514N, le signal DSB résultant et amplifié et la bande latérale indésirée est supprimée par le filtre à quartz. Notez que le synoptique simplifié ne fait pas état des commutations de manière à ne pas alourdir la représentation. 
Ce signal SSB 10,7 MHz est ensuite mélangé avec l’oscillateur local 133,3 MHz (SN76514) dont le fonctionnement a été vu pour la partie réception de manière à produire un signal sur 144 MHz. Il est porté à un niveau supérieur par une chaîne d’amplification linéaire comportant quatre transistors, la puissance disponible en sortie atteint 3 W PEP.
L’IC 202 est doté d’un ALC qui limite le gain d’un transistor intermédiaire de la chaîne d’amplification.

Comme on peut le voir sur les photos, la construction est soignée, bien que la densité de composants au cm2 soit importante, il est encore possible de changer un transistor sans brûler ses coreligionnaires, le châssis en aluminium est largement dimensionné..

La documentation livrée avec l’appareil comporte un manuel de vingt pages explicitant le fonctionnement et l’utilisation du transceiver. Sont fournies également deux planches sur lesquelles on trouve le schéma électrique, un plan d’implantation des tous les composants et un tableau de mesure des tensions sur les électrodes des semi-conducteurs. 

En exploitation :

Comme indiqué en préambule, l’aspect de ce transceiver est inhabituel avec sa largeur de 61 mm, sa hauteur de 183 mm et la profondeur de 162 mm. Les commandes sont réduites au strict minimum, un gros bouton manoeuvrant un démultiplicateur de bonne qualité permet le balayage du segment de 200 kHz, l’affichage est analogique, un éclairage au ton vert du plus bel effet complète le tout. La précision de la fréquence d’affichage n’était pas à cette époque un critère déterminant, les repères sont positionnés tous les 10 kHz. La démultiplication offre un bon compromis entre vitesse et facilité de calage même si en étant tatillon on aurait pu souhaiter un peu plus de démultiplication, la commande est douce. Un S-mètre affiche la puissance des signaux reçus tandis qu’en émission il indique vaguement que de la HF sort par l’antenne. Une LED rouge signale en outre aux distraits que l’appareil est sous tension, cette précaution peut sembler superfétatoire, elle prend toute son importance quand l’appareil est alimenté par piles.

Sous cet ensemble on trouve deux boutons, le premier à gauche concerne le RIT, ce dernier est doté d’une détente centrale permettant de marquer le point « 0 », le second à droite commute les portions de bandes couvertes.
Sous le RIT deux interrupteurs à bascule commutent en CW le passage en émission et le noise blanker. Ce dernier est très efficace sur une bonne partie des parasites rencontrés. Sous ces commandes est placée la commande de gain BF, cette dernière surmonte deux jacks 3,5 mm qui permettent de connecter un manipulateur et un casque, haut-parleur extérieur voire l’oreillette fournie en dotation. La dernière concerne la mise sous tension de l’appareil ainsi que la possibilité d’utiliser ou pas l’éclairage, le tout dans un souci d’économie d’énergie. Sur le modèle « S », dernière évolution de la gamme, ce commutateur permettait en outre de sélectionner la bande latérale supérieure ou inférieure. Autres différences sur la version « S », les boutons sont plus petits, c’est une nette amélioration de l’ergonomie, le RIT est débrayable en tournant la commande complètement à gauche.


On l’a compris, l’IC 202 est un appareil de par ses dimensions, son autonomie, son ergonomie destiné avant tout au portable. Il est doté d’une réception très correcte, la stabilité du VXO est amplement suffisante pour des QSO phonie / CW, il est doté du minimum de commandes indispensables, on ne trouve pas a priori de reproche particulier à lui faire. Si l’on se resitue dans le contexte de l’époque, son apparent « dépouillement » avait une autre conséquence heureuse : son prix. Un IC202 coûtait moitié moins cher qu’un Provence à un moment ou l’on basculait vers le tout SSB. La FM n’est redevenue populaire qu’avec l’apparition des relais, relais qui étaient encore loin d’être fortement implantés en ces années-là. 
Il y a eu trois évolutions notables lors du cycle de production ; le premier modèle apparu sur le marché en 1975/1976 ne permettait que l’USB et ne possédait pas de moniteur CW. Deux années plus tard apparaît le modèle « E » qui se distingue par une couleur de sérigraphie bleue, un moniteur CW une antenne télescopique qui peut désormais se désolidariser du boîtier. Vers 1980, la dernière version, la « S » sera commercialisée, l’ajout est de taille puisqu’il est désormais possible avec un IC202S de trafiquer en LSB ce qui n’était pas le cas auparavant. Cette modification apportée par ICOM permettra aux heureux possesseurs de trafiquer par satellite. L’ajout de la bande inférieure est une fois de plus une preuve qu’on peut faire efficace et simple, le BFO n’utilise qu’un seul quartz, un jeu de commutations en fonction de la bande latérale (USB/LSB/CW) insère ou court-circuite selfs et capacités de façon à faire glisser des valeurs convenables la fréquence de l’oscillateur.

En trafic, l’appareil est agréable à utiliser, par rapport au Provence que nous avons décrit, les progrès sont très nettement sensibles, l’appareil est plus stable, il fonctionne en mode transceiver et non pas émetteur-récepteur séparé, il résiste mieux aux signaux forts. Sa figure de bruit n’est pas exceptionnelle, comprise en fonction des exemplaires entre 4 et 7,5 dB d’après des mesures effectuées par nos amis américains, mesures d’ailleurs qui me laissent dubitatif. Le peu de commandes disponibles en fait un appareil simple d’emploi surtout en conditions précaires telles que le portable, sa consommation est raisonnable, 100 mA sous 12V en l’absence de signal en réception et entre 500 et 600 mA en émission SSB.

L’IC202 a été le cheval de bataille d’un bon nombre de stations opérant en portable ou mobile voire même en fixe et comme il était de coutume dans ces années-là, les modifications visant à améliorer les performances sont apparues dans la presse. Citons en vrac le changement du transistor d’entrée 3SK40 par un BF981, le remplacement du premier mélangeur par un J310, la suppression du filtre passe-bas en réception, la suppression du noyau de la self du circuit d’entrée, quelques modifications de CAG, le remplacement complet des étages d’entrée/mélangeur, l’ajout de la FM (eh oui…), l’adjonction d’un amplificateur dans le compartiment « piles », l’ajout d’un affichage digital de la fréquence, le remplacement des diodes de commutation par un relais, le passage automatique en porteuse en manoeuvrant l’inter E/R CW, la suppression de la tension de +9 V sur l’antenne en réception, l’ajout de la puissance variable, l’émission-réception séparées, l’ajout d’un bipper dans le microphone et j’en passe. Le web fourmille d’idées et de documentation.

En conclusion :

Peut-on dire que l’IC202 a suscité un réel engouement dans la communauté VHF ? La réponse est affirmative, ce sympathique appareil, robuste, simple, sans fioriture, techniquement performant et abordable a rendu d’immenses services et offert de nombreuses heures de plaisir à ses propriétaires. Le secret d’ICOM ? Concevoir un transceiver répondant parfaitement à un besoin, bien le construire dans les règles de savoir-faire du moment, évitez les gadgets et ornements inutiles, le positionner dans une gamme de prix raisonnable.
Un signe ne trompe pas, connaissez-vous beaucoup d’appareils qui soient encore en service et recherchés vingt après la fin de fabrication ? Eh bien l’IC202 tourne encore, il a retrouvé une seconde jeunesse en servant de FI pour de nombreux transverters. 
Sur le même principe ICOM a élaboré un pendant 70 cm au modèle 2m, l’IC402. Cet appareil a repris les mêmes principes qui ont servi à la conception du 202, toutefois l’architecture technique est plus aboutie. Les pays autorisés sur 6 m dans les années quatre-vingts ont eu en plus le bonheur de connaître l’IC502 en tout point similaire sur le plan esthétique aux séries 202/402.

Alors si vous possédez un IC202, ne le vendez pas, vous pourriez au mieux en tirer 150 euros, somme dérisoire en regard du plaisir qu’il pourrait vous offrir en portable, mobile, pédestre, comme FI pour les hyperfréquences et même comme transceiver décamétrique en lui adjoignant ce merveilleux translateur 144/Décamétrique publié dans un des tous premiers numéros de votre revue préférée, MHz Magazine.

 


 
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