Station d'émission-réception expérimentale           F6CRP   IN96KE        46°11'02" N  - 1°09'57" W


Icom ICR71E


Version 01 - 20/10/2007

 

 

 

 
Présentation :

L’ICR71E, successeur du modèle 70 qui a connu un succès marginal, est apparu au début des années quatre-vingts sur le marché amateur. Les décennies précédentes avaient connu l’essor et la domination des lignes émetteurs-récepteurs séparés, le concept transceiver, en optimisant les procédures de trafic, avait placé ipso facto en désuétude ces ensembles volumineux et onéreux à tel point que l’offre en matière de récepteurs s’était réduite à peu de chose. Icom allait frapper un grand coup en commercialisant un récepteur de pointe, technologiquement avancé (PLL, up conversion, couverture générale), et doté en série d’un PBT et d’un Notch. Tout ayant un prix, cet appareil n’était pas particulièrement donné, à titre indicatif il était commercialisé en 1986 à six mille francs, son prix étant plus ou moins équivalent à celui d’un transceiver d’entrée de gamme. Transposée en francs constants puis en euros, la valeur 2006 avoisinerait les 1350 €.

Description :

Nous avons affaire à un récepteur à couverture générale continue, la version européenne standard « E » couvre de 0,1 à 30 MHz, la version allemande de 0,15 à 26,1 MHz et la version australienne de 2 à 30 MHz, tout ceci de manière à prendre en compte les réglementations locales.
Le récepteur est un quadruple conversions, il permet la détection de la SSB, CW, AM et avec un module optionnel, la FM. Il est doté de trente deux mémoires, ce qui tend à se répandre mais n’est pas encore très commun à cette époque, d’un accès direct par clavier aux fréquences, d’un pas variable en fonction de la vitesse de rotation de l’encodeur, d’un CAG lent, rapide ou débrayé, d’un pass-band tuning et d’un notch dans la FI. Cet appareil se voulant être une référence, il est pourvu, en série, d’un certain nombre de raffinements qu’on ne trouve pas chez ses concurrents. A titre d’exemple, le Noise Blanker est assez élaboré, une commutation permet de sélectionner la largeur d’impulsion des parasites à traiter et une commande continue règle l’agressivité du NB. Ce NB fait merveille (ou plutôt faisait) sur les signaux des radars transhorizon soviétiques. Tout a été pensé pour offrir la flexibilité la plus importante en exploitation, on peut par exemple insérer à l’entrée soit un préamplificateur, soit un atténuateur de 20 dB soit router les signaux issus des filtres d’entrée directement vers le premier mélangeur. L’appareil est naturellement doté d’une alimentation secteur incorporée, heureuse époque…

Le récepteur de la génération précédente des années soixante-dix fait appel à un oscillateur local produit généralement par mélange d’un oscillateur libre et de quartz, une ou des fréquences intermédiaires dans la gammes 5 à 10 MHz, l’entrée du récepteur étant dotée de filtres de bandes fixes ou accordables, ce récepteur ne couvrant par ailleurs que les bandes « amateur » Les progrès de la technologie et l’intégration vont permettre d’opter pour des concepts sensiblement différents permettant d’obtenir la couverture continue, une réduction des coûts de fabrication, plus particulièrement au niveau des filtres d’entrée, une mise au point sur chaîne de fabrication réduite. Cette maîtrise technico-économique explique en partie la relative baisse qualitative des produits industriels mis sur le marché par rapport à la génération précédente. C’est également à ce moment que les gens du marketing vont démontrer toute l’ampleur de leur talent en réussissant l’exploit de troquer de la qualité et de la performance au profit de l’aspect, du design comme on dit maintenant. Revenons à notre récepteur après ces pérégrinations historiques. En examinant le synoptique et partant de l’antenne, on voit que le signal passe à travers des filtres de bandes, au nombre de onze, commutés par la logique du récepteur. Cette commutation est effectuée par une batterie de diodes. On dispose à cet endroit de la possibilité d’insérer de la préamplification, c’est surtout utile pour les bandes hautes, d’atténuer de 20 dB, c’est surtout utile sur les bandes basses, ou encore d’opter pour une solution neutre qui consiste à faire parvenir tels quels au premier mélangeur les signaux captés par l’antenne. L’oscillateur local fait appel à une boucle à verrouillage de phase, la fréquence finale évolue entre 70,5 et 100, 45 MHz. Notons que le récepteur fait usage de quatre VCO pour couvrir l’étendue de la gamme. La sortie de ce mélangeur, un double mélangeur équilibré, présente un signal de 70,415 MHz qui est filtré par deux filtres monolithiques et dont le niveau est élevé par le premier étage FI. Si les constructeurs ont choisi ce principe d’up-conversion, c’est que cela rejette la fréquence image très loin, ce qui conduit à fortement simplifier les filtres d’entrée, plus particulièrement s’il s’agit d’offrir la couverture générale entre le continu ou presque et 30 MHz. Le signal va à nouveau être mélangé à un oscillateur fixe dont la fréquence est de 61,44 MHz de manière à produire une seconde fréquence intermédiaire de 9 MHz. Immédiatement situé derrière le mélangeur est placée la porte de commutation du NB et tous ses circuits associés et qui sont assez fournis sur ce récepteur. Le signal est ensuite amplifié avant de passer à travers les filtres à quartz 9 MHz. Ces derniers, l’un de 2,3 kHz et l’autre de 2,8 kHz de bande passante sont commutables et permettent donc de sélectionner une bande passante « étroite » ou « large », toutes proportions gardées. Un troisième filtre, hélas optionnel, le FL32 offre une bande passante de 500 Hz. Un étage d’amplification suit le filtre. Les signaux 9 MHz arrivent alors au PBT, ce dernier est composé d’un VXO dont la fréquence peut varier de plus ou moins 1,8 kHz, d’un mélangeur et d’un amplificateur tampon. Le signal issu de la fréquence intermédiaire est mélangé avec le VXO pour produire la troisième FI sur 455 kHz, il traverse un filtre céramique avant d’être à nouveau mélangé avec le VXO ce qui ramène sa fréquence à 9 MHz, passe à travers le quartz du Notch dont on fait varier la fréquence grâce à une varicap et est amplifié par la dernière chaîne FI composée de deux transistors MOS Fet. C’est du dernier étage de FI qu’est élaborée la tension de CAG. Il reste ensuite à démoduler les signaux, pour la CW/SSB, ICOM a choisi la solution à deux quartz pour le BFO. Il ne manque plus que la préamplification et l’amplification BF pour avoir un récepteur complet. L’alimentation secteur est très classique, avec transformateur, filtre et régulation. Le récepteur est doté d’un haut-parleur incorporé au boîtier. 

En exploitation :

On pourrait penser, quand on découvre l’ICR71E, qu’il a été conçu pour satisfaire les goûts esthétiques des militaires, l’appareil est d’un vert soutenu avec un afficheur très lisible. Un grand S-mètre à aiguille complète le panneau avant, il est possible d’atténuer l’éclat de l’éclairage en ambiance peu lumineuse. Le découpage fonctionnel est très rationnel, on sent que tout cela a été pensé, à droite on retrouve les commandes du clavier et de la gestion des mémoires, partie centrale, le vernier et l’affichage, partie gauche, l’ensemble des commandes de trafic (filtres, gains HF/BF, modes, NB etc.) Le récepteur est comme il se doit, doté de deux VFO, il est possible par ailleurs de stocker trente deux fréquences en mémoire, on bascule des mémoires aux VFO par un simple bouton poussoir. 
Le PBT a un fonctionnement très correct, pour ceux qui ne disposent pas du filtre CW de 500 Hz, grâce à ce fameux PBT, il est possible de décaler la FI et d’obtenir un effet de réduction de bande passante tout à fait notable et compatible avec un trafic CW sur bandes chargées. En SSB/AM on notera aussi la possibilité de faire varier la tonalité des modulations grâce à la commande « Tone », il n’y a là rien de spectaculaire cependant il sera toujours possible de donner plus ou moins de grave ou d’aigu à la BF. Le Squelch fonctionne sur tous les modes, il faudra disposer d’un module optionnel pour démoduler la FM.


Comme cela a déjà été évoqué dans l’introduction, le NB de cet appareil est particulièrement travaillé, peu de parasites lui résistent, j’ai eu l’occasion de l’expérimenter lors de ces vingt dernières années d’utilisation. 
On dispose de trois positions de CAG, rapide, lente ou coupée, Cette dernière position est très commode, plus particulièrement dans le cas de mesures dans lesquelles on veut s’affranchir de l’action de ce dispositif (par exemple mesure de bruit solaire avec un convertisseur 144/28 MHz). Il est bien évident que l’on n’a pas besoin de tous ces raffinements tous les jours, cela étant, il est toujours intéressant d’en disposer quand on en a besoin.
La commande de fréquence fait appel à un encodeur, les japonais savent faire des commandes douces et précises, le pas varie en fonction de la vitesse de rotation du bouton, c’est très commode. Le pas normal « basse vitesse » est de 10 Hz et 50 Hz en « haute vitesse », la commutation est automatique. On peut par un appui sur la touche TS (tuning speed) le faire passer à 1 kHz. Il est également possible, avec la touche « band » de se déplacer par bond de 1 MHz. Le fin du fin reste quand même l’accès par clavier, c’est désormais disponible sur tous les récepteurs, il y a vingt ans ce n’était pas encore le cas.
On peut utiliser ce récepteur à distance par le biais d’une télécommande infrarouge, c’est une possibilité, je doute qu’elle ait été fortement employée.
Sur le panneau arrière, on distinguera un interrupteur permettant de sélectionner les entrées antennes, l’ICR71E est pourvu d’un connecteur SO239 pour les antennes basse impédance et d’un système à clip pour les antennes type long fil pour les fréquences inférieures à 1600 kHz. Vous pouvez contrôler un appareil externe (enregistreur ou autre) par le biais d’une sortie qui est mise à la masse quand le squelch est ouvert. Naturellement il a été prévu une sortie HP extérieur ainsi qu’une entrée « Mute » qui permet de bloquer le récepteur quand cette entrée est mise à la masse, c’est commode pour une utilisation conjointe avec un émetteur ou transceiver extérieur (relire l’excellent article sur la double réception de F6DFZ MHz Mag n° 282). Notons également que la Fi de 70,4515 MHz est sortie sur le panneau arrière pour traitement ultérieur (un adaptateur panoramique par exemple ou une conversion dans la gamme de fréquence d’une carte son pour expérimenter la démodulation par PC).

En réception, l’appareil ne montre aucune trace d’intermodulation, même préamplificateur enclenché, vous pouvez écouter sereinement le 40 m le soir, vous n’aurez pas de signaux étranges dans la bande. La sélectivité est standard, les filtres optionnels constituent un confort supplémentaire, c’est vrai pour tous les appareils. Le récepteur disposant de nombreux dispositifs comme le Notch, PBT, NB, CAG variable, gain HF, on n’est pas contraint à la passivité devant un brouilleur quel qu’il soit, tout ceci naturellement dans les limites du possible. La stabilité est celle du quartz de référence du PLL, l’affichage de la fréquence se limite à la centaine de Hz ce qui est amplement suffisant. Les commandes sont claires, efficaces, l’ergonomie a un sens avec cet appareil.

Côtés points noirs, il faut bien admettre que ce récepteur, qui a par ailleurs été soigné lors de sa conception, est affligé d’une BF d’une qualité très discutable. Tous les utilisateurs, qui sont fréquemment des écouteurs passionnés, l’ont noté et je ne déroge pas à la règle. C’est à un point tel qu’une société américaine produit un kit pour améliorer la situation (http://kiwa.com/r71audio.html). 

Autre sujet, l’alimentation secteur qui transforme cet appareil en chauffage central. J’ai adjoint un ventilateur sur la partie alimentation, il est alimenté par du 12 V fourni par le récepteur, la température de fonctionnement s’est considérablement atténuée ce qui est plus que profitable. Je vous engage vivement à procéder à cet ajout qui ne requiert qu’une demi-heure de travail et qui concourt grandement à augmenter la longévité du récepteur.

Hormis les points qui viennent d’être évoqués, c’est un appareil plaisant à utiliser, robuste, radioélectriquement de grande qualité. Le labo de l’ARRL a mesuré en 1983 les valeurs suivantes préamplificateur en fonction et sur 80 m :

- MDS : - 130 dBm sur 80 m
- Dynamique de blocage : 90,5 dB
- IMD 3 ème ordre deux tons : 94 dB à 20 kHz
- IP3 : + 11 dBm

Comme tous les appareils il y a quelques points à surveiller, notamment pour ce qui concerne les programmes de gestion contenus en RAM. La sauvegarde de cette mémoire est assurée par une pile 3 V au lithium qu’il convient de changer régulièrement, au moins tous les sept ans. Soyez attentif toutefois, cette opération peut s’opérer de deux façons :
- soit vous renvoyez le module RAM chez ICOM
- soit vous procédez vous-même au remplacement de la pile en prenant soin de veiller à ne pas interrompre l’alimentation de la RAM pendant l’échange. Sachez que si par mégarde, la RAM n’est plus alimentée, votre récepteur ne fonctionnera plus, il faudra repasser par la case Icom. Pour information ceci est également vrai pour les appareils suivants : IC271, IC471, IC1271, IC745, IC751.

Il existe une solution plus élégante qui consiste à évacuer définitivement le problème en remplaçant le module RAM par une EPROM. Roberto Nardo IK2RND propose un kit qui se place broche pour broche en lieu et place du module RAM. Vous trouverez toutes les informations à cette adresse : http://ronhashiro.htohananet.com/am-radio/ik2rnd-icom-ramboard.html

L’écoute au casque a naturellement été prévue, une entrée jack 6,35 mm vous y invite, une autre sortie 3,5 mm à niveau non commandé par le potentiomètre BF est également disponible sur la face avant, elle pourra alimenter une interface carte son. Bien que ce ne soit pas un critère fondamental, il est possible de balayer soit les mémoires, soit une plage de fréquences, les extrémités seront alors stockées dans les mémoires 1 et 2. 

Les spécifications de l’ICR71E précisent que la plage de réception commence à 100 kHz, or il existe une astuce, pas documentée par ailleurs, qui permet de s’affranchir de cette limite basse. C’est assez scabreux mais cela permet d’écouter DCF77 par exemple, voici le mode opératoire :
- se positionner sur une mémoire
- effacer cette mémoire (Func + Clear)
- Tourner vivement le bouton d’accord vers la droite (sens horaire) tout en tournant vers la gauche (sens antihoraire) le bouton de sélection des mémoires. Au bout de quelques secondes, vous devriez voir apparaître 00.000.0 sur l’afficheur
- Mémoriser cette valeur de manière à la retrouver rapidement
- Transférer de la mémoire vers le VFO (M->VFO)
- Sélectionnez la fréquence voulue exclusivement en tournant dans le sens horaire la commande de fréquence. Le fait de tourner en sens antihoraire vous ramènera vers la dernière fréquence utilisée. Il faudra revenir sur la mémoire initialisée à 00.000.0, transférer le contenu dans le VFO (M->VFO) et reprendre.

En conclusion :

Ce récepteur est toujours d’actualité, polyvalent, pourvu de qualités dynamiques honorables, ergonomiquement bien pensé, richement doté en accessoires et ce en série, il sera un bon investissement pour l’écouteur. Il aura également sa place dans toute station, notamment en permettant la double réception, la possibilité de le couper en émission par l’entrée « Mute » étant très commode. Il conviendra d’être attentif au remplacement de la batterie de sauvegarde de la RAM et les plus exigeants pourront opérer les modifications visant à améliorer la qualité de la restitution BF. L’ICR71E est un récepteur robuste et fiable qui pourra encore offrir, à un coût désormais raisonnable en occasion, de nombreuses heures de plaisir à son propriétaire.

 


 
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