Station d'émission-réception expérimentale           F6CRP   IN96KE        46°11'02" N  - 1°09'57" W


Drake TR7


Version 02 - 20/10/2010
Version 01 - 20/10/2007



 

 

 

Présentation :

La production industrielle de matériel d’émission-réception était technologiquement orientée fin des années soixante vers le « tout tube », souvenons-nous des séries Heathkit, Drake, Collins, Swan, Yaesu (plus connues sous la marque Sommerkamp en Europe), Trio (futur Kenwood) pour ne citer que les plus célèbres qui ont marqué une bonne génération d’amateurs.

Les années soixante-dix ont vu l’introduction, par les mêmes marques, de matériels hybrides, tubes-transistors, fort logiquement le passage au « tout transistor » s’est imposé en fin de décennie. 

Le produits Drake étaient célèbres à cette époque pour leurs qualités radioélectriques, leur robustesse, et aussi leur prix exorbitants. La ligne de production reposait sur deux éléments phare, le transceiver TR4C (voire TR4CW en fin de production) et la fameuse ligne composée du R4C / T4XC. Drake pour répondre à la concurrence ainsi d’ailleurs que pour étendre sa gamme professionnelle présenta vers 1976 le TR7, appareil révolutionnaire tant pour le marché que pour la marque puisqu’il constituait un saut technologique important en intégrant des techniques nouvelles comme la synthèse de fréquence, la couverture générale, la conversion supérieure etc. Il faut se resituer dans le contexte de l’époque, passer d’un TR4C vers un TR7 équivaudrait aujourd’hui, pour un automobiliste, à la transition d’une 404 Peugeot vers une 407.

La conception du TR7 a été dirigée par Mike Elliott qui avant de travailler pour Drake était chef-ingénieur chez Heathkit.

Alors qu’avait-il ce fameux TR7 pour susciter tant d’envie et coûter si cher ?

 
Description du TR7 :

 Le TR7 est un transceiver à couverture générale en réception et limité usine en émission sur les bandes amateur exclusivement. Une modification simple consistant à couper une piste sur la carte mère permet l’émission sur tout le spectre, il faut néanmoins savoir que les filtres de sortie n’ont pas été calculés pour cette utilisation hors bandes, il convient de rester mesuré quant à la puissance demandée dans ces conditions.

Nous sommes en présence d’un récepteur à deux changements de fréquence, les FI étant sur 48 et 5,645 MHz. Le BFO ne fait pas appel à un quartz dédié mais est élaboré à partir de deux oscillateurs (8,05 et 13,695 MHz). Le mélangeur qui ne voit aucun élément actif devant lui est un double mélangeur équilibré à diodes suivi d’un post amplificateur en configuration gate à la masse. On trouve ensuite un filtre de tête quatre pôles de 8 kHz de bande passante sur 48 MHz. La deuxième conversion est suivie de trois étages d’amplification utilisant des transistors MOSFET, ces étages étant soumis à l’action du CAG. Suivent le ou les filtres à quartz. En dotation le TR7 était équipé d’un filtre 2,3 kHz, il était possible d’adjoindre les filtres 300, 500, 1800, 5000 Hz .

Le choix de ces fréquences FI était dicté par la couverture générale, l’OL du TR7 étant très particulier et faisant appel à une synthèse de fréquence. La référence du PLL est constituée par le célèbre PTO Drake (oscillateur à perméabilité variable, autrement dit c’est un oscillateur dont la variation de fréquence est assurée par un noyau qui se déplace dans le corps d’une inductance), celui-là même qu’on retrouve depuis l’époque héroïque du 2B et R4, il couvre de 5 à 5,5 MHz. Cet oscillateur pilote donc, in fine, deux VCO couvrant de 48 à 78 MHz. Cette technologie souffre d’un grave inconvénient, le pilote étant un oscillateur libre, toute dérive de la fréquence va se retrouver en sortie de VCO, c’est un des petits ennuis du TR7, il subit une lente dérive en fonction du temps.

Côté émission, la chaîne est inversée, le PA est équipé de deux transistors permettant une puissance maximum supérieure à 200 W. La puissance usine est limitée à 130 - 150W, ce qui est une sage précaution. La refroidisseur peut être équipé d’un ventilateur silencieux qui extrait l’air chaud vers l’extérieur de l’appareil.

L’affichage de la fréquence s’effectue par un fréquencemètre (un vrai), qui peut être en outre utilisé comme compteur moyennant l’action sur un commutateur placé sur la panneau arrière de l’appareil. Cet affichage est doublé par un système mécanique.

L’appareil est alimenté par une tension continue de 13,6 V – 22 A, Drake fournissait moyennant finance, une robuste alimentation à régulation série pourvue d’une disjonction en courant et tension. Cette alimentation est très largement dimensionnée et pouvait être également équipée d’un ventilateur extracteur supplémentaire.

Concernant la construction, le TR7 fait appel à une carte mère placée horizontalement qui reçoit tous les modules eux-mêmes placés verticalement. Au-dessus vient se loger la carte compteur – afficheur. Cette configuration induit deux conséquences, d’une part il faut un jeu de connecteurs d’extension pour effectuer le moindre dépannage, d’autre part, l’ensemble de la connectique mise en jeu est très propice à l’apparition de faux contacts.

L’ensemble des modules fait appel à une technologie discrète, pas d’intégration de composants propriétaires ou exotiques hormis pour l’afficheur, même aujourd’hui soit 28 ans après la mise en production, on peut trouver la pièce de rechange assez aisément. Le TR7 est bien construit, très proprement, et très solidement, les composants sont largement dimensionnés.



Drake avec l’introduction du TR7 a voulu produire un appareil qui pourrait ne pas s’adresser exclusivement au marché amateur déjà fortement attaqué aux États-Unis par les japonais. Etaient visés également les potentiels utilisateurs professionnels. De fait, on a pu voir ces équipements un peu partout, dans les ambassades, dans les stations radiomaritimes, sur des chalutiers US, le TR7 a même été utilisé en Afrique comme exciteur pour une station de radiodiffusion AM. 

L’ergonomie a été particulièrement soignée, on retrouve comme sur les appareils très haut de gamme des fonctions accessibles par une simple pression sur un bouton poussoir. A gauche le commutateur de gammes voisine une fonctionnalité plutôt réservée aux professionnels et qui permet d’émettre et recevoir sur huit fréquences prépositionnables, puis vient le commutateur de modes et la commande du PBT. A noter que l’on peut également piloter l’appareil par un quartz. Partie droite du panneau de commande sont placés les contrôles de gain micro et déséquilibre de porteuse ainsi que les gains HF et BF. Particularité de cet appareil, les commandes de gain et délai de VOX sont en face avant et distinctes pour la phonie et la CW. 
Le commutateur de modes commute automatiquement la constante de temps du CAG qui est plus courte en CW, on peut naturellement choisir également, quel que soit le mode, un CAG lent ou rapide. L’appareil est pourvu d’un calibrateur interne.

Sur le panneau arrière, on retrouve la très classique SO239, les connexions de l’alimentation 12V (soit la PS7 Drake, soit n’importe quelle alimentation susceptible de fournir la tension et le courant), une prise accessoires et une prise pour le VFO extérieur. Comme sur beaucoup d’appareils, une sortie antenne auxiliaire est disponible, comme d’ailleurs un connecteur pour un HP externe et l’entrée manipulation.

Drake a prévu la connexion d’un microphone haute (broche 4) et basse impédance sur la fiche micro (broche 1), le gain micro est réglable depuis la face avant.

L’ensemble est habillé par des capots alu avec peinture epoxy. Concernant cette fameuse peinture, les premiers exemplaires ont eu à subir ce phénomène connu aux USA sous le nom de « peinture collante ». Avec le temps la peinture se désagrège et colle aux doigts, c’est très désagréable, pas d’autre solution que ne poncer et refaire. 

En exploitation :

Ce qui caractérise le TR7 en exploitation, c’est son onctuosité, Drake a toujours été réputé pour la qualité de ses CAG et le TR7 est bien un Drake de ce point de vue. Le niveau BF est maintenu constant quels que soient les signaux d’entrée, ses constantes de temps sont judicieusement choisies et la BF est d’excellente qualité surtout avec un HP extérieur vendu d’ailleurs en option. 

Comme l’Atlas 210X de l’époque, il n’y a pas de composant actif entre l’antenne et le premier mélangeur ce qui procure une grande dynamique au récepteur, il est exempt de saturation en trafic, c’est certainement un des points qui le différenciait à l’époque de la concurrence.

On bénéficie d’un double affichage de la fréquence, électronique et mécanique, beaucoup de commandes sont mises en service par un bouton poussoir dédié (PBT, filtres, NB, VOX, CAG, RIT), la démultiplication du PTO est bien conçue, moelleuse et souple, en revanche le bouton de commande avec ses arêtes vives n’est peut-être pas idéal. Le changement de bande s’opère moyennant l’action sur le commutateur de gammes sans autre réglage, on est habitué à cela aujourd’hui, il y a 30 ans, beaucoup d’opérateurs devaient au moins effectuer un creux de plaque avant de trafiquer. Pour accéder aux bandes non-amateurs ou aux bandes WARC, il faut utiliser deux poussoirs en face avant. L’un permet des sauts de 500 kHz en avant, l’autre les mêmes sauts mais en arrière, cela demande un peu d’habitude d’autant qu’il faut positionner le commutateur de bandes qui commute les filtres sur la bonne position. Les limites de ces filtres sont indiquées par des symboles orange. 

La puissance en CW peut être ajustée, ce n’est pas le cas en SSB, dans ce dernier mode une LED verte s’allume si l’on dépasse le seuil d’ALC, il faut dans ce cas réduire le gain micro. On peut trafiquer en CW en semi-BK, avec constante de temps ajustable depuis le panneau avant, le gain BF agit sur la puissance du moniteur CW.

L’adjonction de filtres additionnels est vivement conseillée en CW, en phonie le 1,8 kHz est vraiment étroit et est certainement utile lors des contests, en utilisation standard il devient vite fatiguant. Pour les perfectionnistes, Inrad produit une gamme de filtres spécifiques TR7 ( 250, 400, 1800, 2100 Hz et 6 kHz pour l’AM) d’excellente qualité pour un coût unitaire de 105 USD. Le PBT du TR7 est réputé pour être un modèle du genre, l’alimentation est indestructible (et très lourde).

Concernant les points moins positifs, le grand travers du TR7 concerne sa synthèse de fréquence, d’une part la référence n’étant pas d’une stabilité de quartz, on assiste à une dérive, certes de faible amplitude, mais dérive quand même, variable d’un appareil à un autre et d’autre part le bruit de phase de l’OL est supérieur aux normes en vigueur actuellement. Pour l’époque, c’était tout à fait honorable, de nos jours, le TR7 est en retrait.
Le TR7 persiste à intéresser un large public, au moins deux constructeurs offrent (c’est une façon de parler) un générateur DDS qui se substitue au PTO analogique, réglant ainsi de manière définitive le problème de stabilité de fréquence évoqué plus haut. Une autre solution beaucoup moins onéreuse consiste à stabiliser le PTO grâce à la technique Huff Puff de PA0KSB. PA0CMU (http://members.ziggo.nl/cmulder/index.htm ) fournit un excellent schéma sur le net et DL1SDQ (http://www.conny-dl1sdq.de/3061/3088.html) est susceptible de livrer un kit complet, il peut aussi se charger de l’installation mais c’est une autre histoire, la logistique devenant plus lourde et onéreuse dans ce dernier cas.

Il est parfois fait mention d’un ALC un peu trop agressif sur l’attaque des syllabes, quelques modifications ont été publiées de manière à modifier les constantes de temps, différents auteurs font état de changements spectaculaires.

L’engin consomme près de trois ampères en réception ce qui commence à compter et entre 22 et 25 en émission. 

Autre problème récurent avec le TR7, la connectique des cartes, une panne sur deux est provoquée par un contact douteux avec la carte mère, les utilisateurs avertis le savent, avant toute intervention sérieuse sur la bête, un banal retrait suivi d’un enfichage suffisent en général à faire repartir l’ensemble. (Windows mécanique ?) .

Comme pour tout le reste de sa gamme, Drake produisait pour la ligne 7 une foultitude d’accessoires. Citons pour mémoire, le VFO extérieur RV7, très utile puisque permettant l’émission sur une fréquence différente de la réception, le même mais synthétisé, le RV75, le HP MS7, l’alimentation PS7 (eh oui, déjà extérieure!), l’amplificateur L7 équipé de deux 3-500Z, les filtres à quartz, le noise blanker NB7, la carte AUX 7, la carte d’affichage digital DR7, les boîtes de couplage MN7 et 2700, le phone patch P75, le wattmètre WH7 et je dois en oublier. Si l’en en croit l’anecdote qui circule aux USA, un ligne TR7 complète était beaucoup plus coûteuse qu’une limousine de bonne tenue.

Le TR7 a connu peu d’évolutions durant son cycle de vie, en 1981 est apparu le TR7A qui est fondamentalement le même transceiver doté en série du noise blanker, d’un filtre CW 500 Hz, d’une protection à l’entrée antenne contre les décharges statiques, et d’une entrée BF supplémentaire déportée sur le panneau arrière

En conclusion, un TR7 pour qui ?

Cet appareil qui a débuté sa carrière en 1976 a été produit à près de 13000 exemplaires en intégrant le TR7A, la fin de production ayant dû se situer entre 1982 et 1984, ce sont donc des transceivers anciens qui ont pour la majeur partie d’entre eux beaucoup vécu. Il faut donc être conscient qu’inéluctablement il y aura de la maintenance à effectuer un jour ou l’autre. C’est un engin qui est plutôt destiné aux techniciens sachant que le SAV n’existe plus depuis longtemps. En revanche on peut trouver aide et soutien sur la liste de diffusion Drake, quelques anciens connaissant le produit comme leurs poches aident au quotidien ceux qui rencontrent des problèmes, leurs conseils sont d’une pertinence rare et qui plus est d’une une exquise courtoisie. 
Hormis cette mise en garde, c’est un appareil plaisant à utiliser, simple d’emploi, très robuste, bien construit par une main d’œuvre qualifiée et consciencieuse qui comportait en son sein de nombreux de radioamateurs. Ses performances font encore de lui un rival sérieux vis à vis de la concurrence japonaise de milieu de gamme. 
Et ultime satisfaction, trafiquer avec un Drake et en particulier un TR7, c’est accéder à un rêve que nous avons eu il y a de nombreuses années quand cet appareil représentait le nec plus ultra de la technologie.

 


 
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