Du patrimoine, de la sémantique et de l'usage.

Chers amis radioamateurs,

hormis être le résultat et ou le produit d'une longue évolution, nous sommes par ailleurs les héritiers et détenteurs d'une forme de culture ayant pris ses racines au début du siècle dernier. Eh oui, nous sommes des Radioamateurs, avec un grand "R", pour nous tous cela a demandé des efforts, du courage, et de la ténacité.

Où veut-il bien en venir se demandent certains ?

Quand j'étais très jeune (c'est tellement loin que j'ai du mal à m'en souvenir...), je passais tout mon temps libre à écouter les radioamateurs sur un récepteur TRIO JR500. C'était follement excitant car mes amis, à cette époque, nous n'avions que deux chaînes de télévision (et en noir & blanc s'il vous plaît et pas toujours simultanément), le téléphone était encore un objet de luxe avant d'être un moyen de communication et l'homme venait juste de marcher sur la lune, autant vous dire qu'entendre des voix d'êtres humains situées à des milliers de km sortir du HP relevait de l'exploit technologique, voire du miracle pour le gamin que j'étais.

J'ai beaucoup appris en écoutant ces voix anonymes, beaucoup sur l'art du trafic, beaucoup sur la technique (on en causait pas mal à l'époque, les châteaux n'avaient pas été découverts), beaucoup également sur l'art et la manière de dire les choses, en un mot beaucoup sur la "culture radioamateur". Comme pour toute entreprise humaine, il y avait à boire et à manger, le meilleur a toujours côtoyé le pire.


N'ayant ni la volonté, ni la compétence, ni l'autorité morale pour donner des conseils à qui que ce soit, je pense qu'il serait souhaitable que nous fassions un peu d'introspection et d'autocritique et que nous essayions de voir ce que nous avons fait de ce legs car il me semble assister à un glissement voire une dérive sémantique un tantinet inquiétante. Mes amis, j'ai le sentiment que petit à petit nous perdons un peu de cette fameuse culture, que notre petit monde s'effrite. Si nous avons tenu à obtenir un indicatif avec tout le cortège de tracasseries qui va avec, c'est quand même que nous voulions intégrer cette confrérie, s'y faire admettre, nous y fondre et nous y sentir "chez nous". Or pour qu'il en soit ainsi il faut respecter et préserver les acquis du passé.

Après ce long préambule, entrons dans le vif du sujet.

Toi ami Radioamateur qui lit ces lignes, si tu te sens concerné et si tu acceptes de te remettre en cause et de changer tes habitudes à la fin de cette lecture, tu auras beaucoup avancé et j'aurais eu, un instant, l'immodestie de penser avoir été utile.

Allons-y !

Les expressions qu'il faudrait bannir des bandes et pourquoi :

Bonne radio 
Cela a certainement un sens dans un autre monde mais chez les radioamateurs si l'on veut parler de la qualité de la modulation il suffit de le dire simplement : Vous avez une excellente modulation. Si vous vouliez dire par-là que la compréhensibilité était parfaite, dites-le sous cette forme, cela suffit. Le code RST a été inventé pour cela, le R (Readibility 1 à 5) signifiant lisibilité des signaux et le S (Strength 1 à 9), force des signaux. Il n'y est nulle part fait mention de "radio"

Vous avez eu une copie ? 
Dites simplement : Avez-vous reçu mon message ?, avez-vous compris mon dernier message ? Si vous êtes un inconditionnel du code Q (et pourquoi pas après tout?), avez-vous eu QSL ?

Retour micro 
Il serait infiniment préférable de dire : je vous repasse le micro

Le micro gain ou mic gain
Expression souvent entendue : le micro gain est à 12H. Il s'agit du gain micro, alors autant l'appeler par son nom même si la gravure de l'émetteur laisse apparaître une inscription anglo-saxonne. 

Vous pouvez me revenir avec le QTH 
Ne serait-il pas plus simple de demander la répétition de l'élément manquant en adoptant par exemple cette phraséologie :
pouvez-vous me repasser votre QTH ?

Numéro progressif 
De tout temps les radioamateurs ont dit : groupe de contrôle composé généralement du report (RST) et du n° de QSO.

Indicativé
Expression que l'on retrouve partout. Vous pouvez chercher dans un dictionnaire, vous aurez du mal à trouver ce mot! Je ne suis pas indicativé (je veux bien en revanche être estampillé de ce que vous voudrez), j'ai obtenu ma licence de radioamateur (en 1973), de nos jours il conviendrait de dire que je suis titulaire d'un certificat d'opérateur radioamateur.

Quel est votre QRZ ?
Vraiment à éviter. Demandez gentiment à votre correspondant quel est son indicatif. QRZ veut seulement dire :
QRZ ? - Par qui suis-je appelé
QRZ ... - Vous êtes appelé par ... sur .... MHz . 
On pourrait ajouter dans la même rubrique le fameux "Call" qui n'est guère élégant.

RA
On imagine que cela signifie radioamateur. Que c'est laid ! L'effort pour convertir ce RA en radioamateur n'est pas surhumain.

et pour finir, l'expression la plus savoureuse, vous avez été surmodulé
La surmodulation consiste à moduler excessivement, ce qui revient en général à avoir un gain micro exagérément poussé. Ce phénomène a des manifestations physiques évidentes constatables tant sur la bande que sur des appareils de mesure, on utilisait fréquemment ce terme du temps de l'AM.
Si le message de votre correspondant a été totalement noyé par le démarrage d'une station trop proche de la fréquence ou directement sur celle-ci, il n'a pas été surmodulé, cela n'a pas de sens, il a été seulement brouillé, perturbé, l'objet de QRM ou que sais-je encore. 
Si une porteuse pure (on l'espère) démarre dans votre bande passante de récepteur, le signal de votre correspondant est hétérodyné.

Voilà ce que j'avais à dire, sans agressivité, sans méchanceté et sans vouloir pointer du doigt qui que ce soit. Nul n'est parfait, moi le premier, essayons de progresser ensemble, dans le respect mutuel.

73 Denis 






           Retour vers page accueil F6CRP